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Les Eurodéputés contre la censure sur internet

Publié le 07/07/2006 - Lu 1774 fois - Auteur : musky00
Le Parlement européen a dénoncé, jeudi 6 juillet 2006, les entreprises collaborant aux systèmes de censure sur internet dans certains pays, et a adopté une résolution sur la liberté d'expression sur Internet.

L'Arabie Saoudite, le Bélarus, la Chine, la Corée du Nord, Cuba, l'Iran, la Libye, les Maldives, la Birmanie, le Népal, l'Ouzbekistan, la Syrie, la Tunisie, le Turkménistan et le Vietnam sont "considérés comme des ennemis de la liberté d'expression en ligne".

Le Parlement constate que plusieurs sociétés américaines (Yahoo !, Google, Microsoft) ont été d'accord pour s'autocensurer "en suivant des instructions données par le gouvernement chinois" et que "d'autres entreprises, comme Secure Computing et Fortinet, fournissent aux gouvernements de Tunisie et de Birmanie les moyens de censurer l'internet".

Cisco Systems est également épinglé pour avoir "fourni à la police de ces pays des équipements permettant de surveiller les internautes". Quant à Yahoo!, le groupe "collabore depuis plusieurs années avec le système judiciaire chinois".

Les groupes européens ne sont pas épargnés puisque les Eurodéputés relèvent également la coopération de Telecom Italia avec le réseau cubain, "lourdement censuré", et celle de France Télécom avec l'opérateur tunisien Planet Tunisie "alors que le gouvernement tunisien a décidé de rendre inaccessibles tous les sites de l'opposition dans le pays".

La résolution demande aux Etats membres de l'Union Européenne (UE) et à la Commission européenne la mise en place d'un code de conduite volontaire pour ne "pas participer à des activités répressives" sur l'internet et "de faire dépendre les programmes d'aide de l'UE sur le développement des technologies de l'information à un accès sans entrave à l'internet".

Les Commentaires

En France, si on n'ecrit pas politiquement correct ; on risque des sanctions. Il est plus facile de voir la paille dans l'oeil du voisin que la poutre dans son oeil.
On reve ! avec la loi DADVSI (eucd) c'est l hopital qui se fou de la charité !!!!!! je vous conseille le dernier livre (une bombe) de Yannick Chatelain que j ai adoré :

Livre : Qui veut la mort d'internet ? Impact technologique et sociologique du onze septembre. / (contrôle social / censure / liberté d'expression)

je me suis permis de joindre la préface par Jean Bruno Renard, Professeur de sociologie a l'université de Montpellier 3, l'auteur ne m'en voudra pas...

Qui veut la mort d’Internet ?
Impact technologique et sociologique du 11 septembre,
par Yannick Chatelain
Préface
par Jean-Bruno Renard
Professeur de Sociologie
à l’Université de Montpellier III

Extrait de la Préface de l'ouvrage par le professeur Jean Bruno Renard

Le dieu ordinateur

Devant toute Puissance, quelle qu’elle soit, l’homme se doit de réfléchir : quelle est sa nature ? Quelle influence exerce-t-elle sur nous ? Comment pouvons-nous nous l’approprier ?
Quel usage en faire ? Le livre de Yannick Chatelain nous invite et nous incite à une réflexion sur cette nouvelle puissance que constitue le réseau Internet. Dans un précédent ouvrage, l’auteur parle fort justement d’Internet comme d’un « cinquième pouvoir »1, qui vient s’ajouter au quatrième pouvoir des médias et aux trois pouvoirs classiques des régimes politiques (exécutif, législatif et judiciaire). Que l’on ne s’y trompe pas : la place familière qu’occupe désormais l’ordinateur dans nos foyers ne doit pas faire oublier la formidable puissance qu’il recèle, tout comme la petite flamme du briquet ou l’eau du robinet sont de même nature que les feux dévastateurs et les inondations catastrophiques ! L’ordinateur, omniscient et même omnipotent lorsqu’il est relié à des outils ou à des
machines, est aisément l’objet non pas d’anthropomorphisme, puisque ses capacités dépassent celles de l’homme, mais de théomorphisme : l’ordinateur est perçu comme un dieu. Une nouvelle de science-fiction de l’écrivain américain Fredric Brown, en 1954 (trad. fr. « La réponse » in Histoires de machines, Paris, Le Livre de Poche, 1974) raconte comment les hommes décident de connecter entre eux tous les ordinateurs du monde pour obtenir un superordinateur, d’une puissance incommensurable. L’opération faite, on pose au superordinateur la question métaphysique qui taraude l’humanité depuis des millénaires : « Dieu existe-t-il ? » La réponse est immédiate : « Maintenant, oui ! » Comment ne pas rapprocher ce texte de la « Cinquième mauvaise nouvelle » du livre de Yannick Chatelain, où un hacker du futur est jugé pour avoir nié que Dieu était un software ! Car si l’ordinateur est déifié, réciproquement Dieu est informatisé. Les sociologues savent que l’homme fait Dieu à son image : le dieu créateur a donc été successivement un dieu potier pour les sociétés traditionnelles artisanales, un dieu horloger pour les philosophes du XVIIIe siècle mécaniste et il est aujourd’hui, dans notre civilisation électronicienne, un dieu programmeur ! Ne trouve-ton pas actuellement cette idée aussi bien dans les théories astrophysiques qui parlent d’un
programme de développement inclus au coeur du Big Bang, analogue au programme ADN d’une cellule germinale, que dans les discours des créationnistes américains qui évoquent le Grand Designer !

Dans les années de l’après-guerre, les scientifiques français ont cherché un mot pour traduire le terme anglais computer (littéralement « calculateur »). Le professeur Jacques Perret proposa en 1955 le mot « ordinateur », avec le succès que l’on sait ! Mais combien savent que ce mot, loin d’être un néologisme, est un ancien mot français, attesté dès la fin du XVe siècle et tombé en désuétude, qui désignait Dieu en tant qu’il met de l’ordre dans le monde !

Les deux visages d’Internet

Si une puissance en elle-même n’est ni bonne ni mauvaise, c’est sa mise en oeuvre, son usage, qui peut être bénéfique ou maléfique. Toute invention humaine possède ainsi ces deux
visages : depuis la poudre explosive qui peut servir à des feux d’artifices comme à des canons meurtriers, jusqu’à la fission nucléaire qui donne de l’énergie aux centrales nucléaires mais
aussi aux bombes atomiques. Avec les progrès de la médecine et en particulier la possibilité de manipulations génétiques, la science et la technique sont plus que jamais associées à
l’éthique. Internet n’échappe pas à cette ambivalence inhérente à toute invention humaine. En tant qu’outil de communication, Internet est comme la langue d’Ésope, la meilleure et la
pire des choses2. D’un côté l’Internet libertaire : le libre accès de tous à toutes les informations, le partage des connaissances, l’autoroute de l’information, la liberté
d’expression, les logiciels gratuits, etc. De l’autre côté, l’Internet totalitaire : le monopole de l’information, l’autoroute de la désinformation, le contrôle des échanges, la mise en place
d’outils de surveillance et de contrôle, le viol de la vie privée, l’impérialisme de Microsoft,etc.

Le premier visage, utopique, de l’Internet a déjà été traité par Yannick Chatelain dans son ouvrage sur les hackers, ces libertaires de l’informatique que les médias désignent un peu
rapidement comme les « pirates » du Net. Le présent livre s’intéresse au côté obscur d’Internet, à ses possibles dérives vers une contre-utopie totalitaire. La politique-fiction
Yannick Chatelain s’inspire en effet d’un genre littéraire contemporain bien identifié, celui de la contre-utopie. Ce sont des textes largement fictifs qui, à travers la description d’une société
du futur, dénoncent l’évolution totalitaire de nos sociétés actuelles : par exemple Métropolis (1926) de Thea von Harbou (dont le mari Fritz Lang tirera un film célèbre), Le Meilleur des
mondes (1932) d’Aldous Huxley, 1984 (1949) de George Orwell et Fahrenheit 451 (1951) de Ray Bradbury. Suscités par la montée des dictatures puis par la guerre froide, les romans
contre-utopiques avaient disparu pendant les décennies « utopiques » des années 1960 à 1980. Le retour actuel de la contre-utopie reflète les inquiétudes face à la mondialisation, dont
l’Internet est un aspect. Ce n’est pas un hasard si le titre originel de cet ouvrage (avant changement) "big browser" est une allusion claire au Big Brother du roman d’Orwell.

Le livre de Yannick Chatelain s’inscrit également dans une lignée littéraire plus ancienne qui remonte aux philosophes des Lumières : sous un habillage fictif qui rend la lecture du texte
très agréable, il s’agit d’informer le lecteur et, mieux encore, de le faire réfléchir. Fontenelle exposait ses idées sur l’habitabilité des autres planètes en conversant avec une marquise
fictive (Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686) tandis que Montesquieu critiquait son époque à travers les observations de deux voyageurs orientaux imaginaires (Les Lettres
persanes, 1721). Yannick Chatelain modernise la situation : l’entretien avec une marquise est remplacé par une conférence devant un public international de gouvernants, rythmé par
l’accueil des participants, les tea breaks, un buffet garni et la classique séance de questions/réponses à l’orateur ! Relèvent aussi plus nettement encore de la politique-fiction
les « mauvaises nouvelles » qui émaillent l’ouvrage comme autant de paraboles dénonçant l’usage totalitaire d’Internet. En revanche, tous les encadrés qui accompagnent la conférence
fictive révèlent des faits réels et des informations vraies, recueillies dans la presse générale ou spécialisée, qui fondent l’inquiétude que l’on peut avoir sur les dérives totalitaires d’Internet :
les germes d’une société de surveillance, de dénonciation, de contrôle social ou, plus perversement encore, d’auto-contrôle.

- Du bon usage de l’ironie

Dès la lecture de la première page de cette « conférence » sur l’instauration d’un nouvel ordre mondial de l’Internet, on se rend compte que Yannick Chatelain adopte une rhétorique de
l’ironie : il fait semblant de louer ce qu’il veut blâmer ; il se met apparemment du côté de l’ennemi, mais c’est pour mieux le dénoncer. Henri Suhamy décrit ainsi l’ironie : « L’ironie combat l’hypocrisie avec les armes de celle-ci, elle fait semblant d’être convaincue par l’imposture, elle entre dans son jeu pour la détruire. C’est une arme cruelle, car en simulant la rhétorique et même la pensée de l’adversaire, elle s’approprie son être, le dénude, le fait apparaître comme une mécanique transparente, unidimensionnelle, dérisoire. »

C’est pourquoi, à l’inverse, les opinions qui ont la sympathie de l’auteur sont énoncées à la fin du livre dans un tract, défendant un Internet libertaire, que les participants à la conférence
piétinent, littéralement et symboliquement ! La distance que crée entre lui-même et son texte un auteur maniant l’ironie n’est pas sans danger. Son oeuvre peut lui échapper, ses intentions être détournées. Que l’on se souvienne de la triste histoire du pamphlet de Maurice Joly, dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu ou La Politique de Machiavel au XIXe siècle (1865). Publié anonymement, ce texte critiquait le règne de Napoléon III au travers d’un plan de conquête du monde fictivement énoncé par Machiavel (déjà lui ! On ne s’étonnera pas que Yannick Chatelain cite
fréquemment le rusé Florentin !). Or le texte de Maurice Joly fut plagié en 1900-1901 par la police secrète tsariste de Russie qui lui donna la forme tristement célèbre qu’on lui connaît
aujourd’hui : le faux antisémite des Protocoles des sages de Sion, censé relater une réunion secrète de dirigeants juifs pour planifier leur mainmise sur le monde4. Heureusement, Yannick Chatelain a pris des précautions pour que des lecteurs ne prennent pas le texte de cette conférence pour un document authentique (y contribuent également les illustrations humoristiques de Claire Solaïni) : d’abord en ne publiant pas anonymement son ouvrage, ensuite en distinguant soigneusement la conférence fictive et les encadrés informatifs, et surtout en évoquant dès le début de son livre la « théorie du complot ». C’est en effet une solution de facilité que d’attribuer un pouvoir maléfique à un groupe de personnes plutôt que d’admettre que l’on a affaire à un système, de la même manière qu’il est plus facile de croire que ce sont des malfaisants qui lancent des informations plutôt que de reconnaître qu’il y a le plus souvent une production collective des rumeurs. Cette réunion internationale des gouvernants pour prendre le pouvoir sur Internet, et donc sur le peuple, est non seulement fictive, mais elle est très improbable : les idéologies politiques sont trop diverses, les acteurs en jeu trop nombreux (à commencer par les informaticiens), les intérêts trop divers, voire divergents, et la réalité technique de l’Internet trop complexe. En réalité, il n’y a pas un Big Brother, mais des petits big brothers, multiples et souventconcurrents. Cela peut, sinon apaiser les inquiétudes, du moins rendre plus optimistes ceux qui luttent contre les dérives totalitaires de l’Internet !



1 Yannick Chatelain et Loïck Roche, Hackers, le cinquième pouvoir, Paris, Maxima, 2002.
2 Selon une anecdote de l’Antiquité, le fabuliste grec Ésope, à qui l’on demanda un jour de servir à table ce qu’il
y avait de meilleur, prépara des langues, argumentant que la langue était le lien de la vie civile, l’organe de la
vérité et de la raison, de l’instruction et de la prière. Invité ensuite à servir ce qu’il y avait de pire, Ésope amena à
nouveau des langues, puisque selon lui la langue était aussi la source des divisions et des guerres, l’organe du
mensonge, de la calomnie et du blasphème. On fait allusion à la langue d’Ésope lorsque l’on veut désigner une
chose qui peut être excellente ou détestable, selon l’usage qu’on en fait.
3 Henri Suhamy, Les Figures de style, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? » nº 1889, 1981, p. 116.
4 Sur ce texte typique de la pensée conspirationniste, voir l’étude de Pierre-André Taguieff, Les « Protocoles

à lire d'urgence et a fowarder aux eurodéputés !!!!!!! le livre est disponible un peu partout : amazon, fnac etc
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