découvrir "l'homme derrière le leader"ISLAMABAD, 1er mars (AFP) - Son plat préféré est une assiette de lentilles, le meilleur livre qu'il a récemment lu est de Richard Nixon et il a failli passer en cour martiale il y a 40 ans: le président pakistanais Pervez Musharraf se découvre sur un site
internet.
Avec le lancement du site www.presidentofpakistan.gov.pk, alternant révélations franches et hagiographie classique, les autorités pakistanaises ont voulu révéler "l'homme derrière le leader".
Pour les analystes, il s'agit surtout de projeter une nouvelle image du Pakistan et de son général-président, après des années de couverture médiatique consacrée à Al-Qaïda, au terrorisme islamiste ou à la prolifération nucléaire.
"Cela montre que Musharraf a des ambitions à long terme et comprend parfaitement qu'il doit se présenter et présenter ses idées à la communauté internationale", a affirmé à l'AFP Hasan Askari, ancien responsable du département de sciences politiques à l'université du Pendjab de Lahore.
"Le soutien international est crucial pour la stabilité de son régime et l'apport de la coopération économique internationale, qui à son tour soutient son régime. C'est une représentation", estime l'universitaire.
Les révélations apportées par la président sur le site alternent candeur et franchise. "Que pensez vous de votre mère ?": "Elle a un caractère empreint d'une forte volonté, mais est très aimante", répond le président.
"Quel a été le moment le plus gênant de votre carrière ?": "la découverte de l'implication de A.Q. Khan dans le scandale de prolifération nucléaire", répond ingénument le général Musharraf, parvenu au pouvoir en octobre 1999 lors d'un coup d'Etat sans effusion de sang.
Après avoir "pardonné" A.Q. Khan, le général Musharraf a refusé qu'il soit interrogé par des enquêteurs étrangers sur le réseau d'exportation illicite de technologie nucléaire que le père de la bombe nucléaire pakistanaise a avoué en février 2004.
Le général Musharraf livre également des révélations sur sa carrière militaire et sur la façon dont il a presque été expulsé de l'académie militaire pour des "problèmes disciplinaires".
Sous-lieutenant en 1965, le déclenchement de la guerre contre l'Inde lui a évité la cour martiale, avoue-t-il sans apporter de détails sur les raisons qui lui avaient valu d'être poursuivi.
Il confesse cependant que son "franc-parler" et son "indiscipline" lui ont créé beaucoup de problèmes avant qu'il ne soit "sauvé par son mariage" qui lui a permis de se concentrer sur sa carrière de militaire.
Evoquant les trois tentatives d'assassinat auxquelles il a réchappé depuis trois ans, il revendique avec humour une inscription dans le Livre Guinness des Records.
"Notre objectif est de représenter le Pakistan, en capitalisant sur la popularité du président", a expliqué à l'AFP le secrétaire de presse du président, le général Shaukat Sultan, qui est aussi le porte-parole des forces armées pakistanaises.
Certains analystes voient dans ce site le début d'un culte de la personnalité, notamment avec les galeries de photos le représentant à presque tous les moments de sa vie et de sa carrière.
"C'est très peu vraisemblable de la part d'un militaire de carrière comme lui, mais certains dans son entourage ont peut-être cette tentation", a estimé l'éditorialiste et analyste politique Mohammad Afzal Niazi.
"L'objectif de base reste de présenter l'image d'un leader moderne qui dirige son pays avec efficacité", a-t-il ajouté.