Dans le cadre de l'affaire qu'on pourrait appeler "Les éditeurs belges contre les moteurs de recherche", notre confrère
PC INpact a donné la parole à Francis Féraux, du journal belge L'Echo et Directeur général de Press Banking s.a., un des organismes à l’origine des actions en justice actuelles contre les moteurs de recherche.
"Quand on entre dans un kiosque à journaux, est-il concevable de prendre une gazette et de sortir sans la payer ? Pourquoi en serait-il subitement devenu autrement pour la bonne grâce de l'
Internet ?". C'est ainsi que Francis Féraux débute son analyse de la situation.
Rappelons que les éditeurs belges, rejoints par les journalistes et photographes, ont assigné Google en justice pour violation du droit d'auteur. Ils accusent le moteur de recherche d'utiliser leurs contenus sur google.be et le portail d'actualités news.google.be sans autorisation de leur part et sans compensation financière. Le portail Msn a subi les mêmes revers mais il semble que Microsoft soit plus conciliant que le géant de Moutain View et prêt à négocier.
Pour Francis Féraux, la réaction rapide de la firme de Redmond a une raison bien précise : "Microsoft étant de très longue date à la tête de la BSA, organisme créé pour contrecarrer le piratage informatique en matière de licences logicielles et ainsi protéger ses droits d'auteur quant aux concepts développés par elle, l’éditeur aurait mauvaise presse si, d'aventure, il ne devait pas respecter les droits d'auteur des médias".
Mais qu'est-ce que les éditeurs belges reprochent réellement aux moteurs de recherche ?
"Nous sommes POUR l'existence des moteurs de recherche qui permettent à la communauté internaute d'accéder aux informations. Cela dit, il convient d'admettre que s'il est très utile de faire du "référencement", ce n'est pas pour autant qu'il soit permis de "prendre" notre "patrimoine" et de le diffuser gratuitement sans vergogne et sans aucun retour réel", explique Francis Féraux qui en profite pour contre-argumenter sur le fait que Google entraîne une augmentation du trafic vers les sites des éditeurs : "Y a-t-il au monde un seul éditeur capable de chiffrer avec précision ce que représente "l'apport de Google" dans leurs chiffres annuels ? NON (ou alors, vous me le présenterez) !".
Finalement, Monsieur Féraux conclut en démontrant que ce ne sont pas les moteurs de recherche qui font vivre la presse mais bien l'inverse. Sans contenu à se mettre sous la dent, Google, Msn et les autres n'auraient plus qu'à fermer boutique. Il lui semble donc logique que les moteurs de recherche mettent la main à la poche pour obtenir ce contenu qui est indispensable à leur survie.
"Est-ce Google qui "fabrique" l'information ? NON, c'est la presse et cette presse a besoin de beaucoup de moyens pour faire son travail correctement (…) les éditeurs de presse dépensent des montagnes d'argent en matière de confection de sites Internet et autres Newsletters. Donc, si tous ces contenus sont systématiquement repris par des moteurs "américains" de recherche (Google, MSN et consorts) sans qu'il y ait de contrepartie financière véritable, à quoi servent et surtout, à quoi serviront ces investissements dans le futur ?".
Interrogé par PC INpact sur le cas des éditeurs français, Francis Féraux remarque qu'il est difficile d'aller soudainement à l'encontre d'une pratique établie, et manifestement tolérée, depuis 3 ans. Aussi, il comprend que les éditeurs français attendent que le jugement belge soit considéré comme jurisprudence européenne. "Si tel était le cas", répond-il à notre confrère, "cela permettrait alors à la presse française de suivre le mouvement se basant sur une nouvelle donne européenne en matière de jurisprudence".