Par Patricia Reaney
LONDRES (Reuters) - La popularité grandissante d'
internet pourrait contribuer à l'augmentation du nombre de suicides collectifs, estime un psychiatre britannique.
"Je ne sais pas si internet conduira à une augmentation du nombre de suicides mais il est possible qu'il contribue à davantage de suicides collectifs," a déclaré vendredi à Reuters Sundararajan Rajagopal, de l'hôpital St-Thomas de Londres.
Quatre hommes retrouvés morts au Japon le mois dernier seraient, selon la police, les dernières victimes d'une série de suicides collectifs qui ont fait des dizaines de morts depuis deux ans.
Les suicides collectifs au Japon semblent avoir été organisés par des personnes s'étant rencontrées sur des sites spécialisés.
Il pourrait s'agir d'événements isolés dans un pays où le taux de suicides collectifs est traditionnellement élevé mais Sundararajan Rajagopal craint qu'il ne s'agisse plutôt d'une illustration d'une nouvelle tendance encouragée par internet, qui facilite le rapprochement de personnes ayant des penchants similaires.
Les récents suicides au Japon "pourraient annoncer une nouvelle vogue inquiétante et les suicides collectifs impliquant des étrangers se rencontrant sur internet pourraient se banaliser," écrit-il dans un éditorial publié par le British Medical Journal.
Si tel était le cas, de plus en plus de jeunes gens, qui se seraient peut-être suicidés individuellement, pourraient être amenés à le faire en même temps que d'autres.
Les suicides collectifs représentent moins d'un pour cent du nombre total des suicides en Angleterre et au Pays de Galles. Généralement ils impliquent des personnes qui se connaissent bien et décident de mettre fin à leurs jours de la même façon.
Les méthodes employées sont généralement moins violentes que pour les suicides individuels. L'asphyxie par gaz d'échappement est la plus courante.
Aux Etats-Unis et en Angleterre, ils concernent le plus souvent des couples mariés. Au Japon, les amants sont les principales victimes tandis qu'en Inde, il s'agit plutôt d'amis, souligne Sundararajan Rajagopal.
Il existe également un dérèglement psychiatrique peu courant baptisé "folie à deux", qui conduit deux personnes partageant les même désillusions à se tuer. Il s'agit souvent de soeurs célibataires.
L'abus d'alcool et de drogues est moins courant chez les auteurs de suicides collectifs que chez ceux qui se suicident seuls.
Sundararajan Rajagopal encourage médecins et psychiatres à la vigilance à propos du risque de suicides collectifs, qu'il qualifie de réduit mais non insignifiant.
"En évaluant ce risque, il serait bon de demander spécifiquement à un patient déprimé s'il se sert d'internet pour obtenir des informations sur le suicide," écrit-il dans son éditorial.