L'Association Des Audionautes (ADA) nous fait part de sa déception face à Pour bien comprendre de quoi il s'agit, vous pouvez vous reporter à l'article suivant :
P2P: surveillance automatique sur les jeux video
Voici l'intégralité du communiqué que nous a fait parvenir l'ADA :
Pour
la première fois en France, en application de l'article 9-4° de la loi
du 6 janvier 1978 modifiée par la loi du 6 août 2004, un "organisme
de défense professionnelle" est autorisé à mettre en place un système
de traitement automatique de données qui enregistrera les adresses IP
des internautes sur les réseaux peer-to-peer et leur enverra des
messages de "prévention".
Cette autorisation donnée au Syndicat des Editeurs de Logiciels et de
Loisirs (SELL) est inacceptable et semble en contradiction avec les
objectifs de la loi de 1978 qui définit la mission de la CNIL et dont
l'article premier mentionne que l'informatique "ne doit porter atteinte
ni à l'identité humaine, ni aux droits de l'homme, ni à la vie privée,
ni aux libertés individuelles ou publiques."
Sur la pertinence et le caractère dangereux de la constitution de tels
fichiers, nous rappelons que la CNIL admettait dans son rapport de 2002
que même le fichier des infractions constatées du Ministère de la
Justice (le STIC) contenait 25% d'erreurs et d'omissions. Qu'en
sera-t-il d'un fichier similaire tenu par un "organisme de défense
professionnelle" et non par des officiers de police judiciaire aguerris
et responsables ?
Il convient également de savoir si d'autres fichiers seraient
susceptibles d'être constitués à l'initiative d'autres "organismes de
défense professionnelle", et de savoir alors ce qui arrivera quand ces
fichiers potentiellement incontrôlés et défectueux commenceront à être
croisés les uns avec les autres.
Nous sommes naturellement opposés à cette décision, mais si elle
devenait la règle, il conviendrait de tenir un réel débat sur les
conditions auxquelles ces nouveaux fichiers pourraient être créés. Il
semble au moins nécessaire de prévoir un certain nombre de garanties
formelles et de contrôles à posteriori pour contester les données
contenues dans ces fichiers et indemniser les victimes d'erreurs de
traitement en mettant en cause de la responsabilité des "organismes de
défense professionnelle".
En ce qui concerne l'envoi de messages de "prévention" aux internautes
par le SELL, la CNIL affirme s'être assurée que l'envoi de ces messages
ne donnera lieu à aucune conservation d'informations de la part du SELL
et que l'adresse IP des internautes à qui le message est adressé ne
pourra pas être conservée ni utilisée pour dresser un procès-verbal
d'infraction.
Or, le contenu de ces messages n'a pas été dévoilé. Il conviendrait
donc de s'assurer de leur véracité factuelle et juridique sans laisser
les organismes de défense professionnelle libres de présenter n'importe
quelle interprétation de la loi qui mettrait leurs intérêts en valeur.
Par ailleurs, la CNIL affirme que la collecte de l'adresse IP de
certains internautes en vue de dresser un procès-verbal d'infraction
n'aura lieu que dans des cas limités, caractérisés par la gravité de
l'infraction.
Il serait nécessaire d'avoir plus de précisions sur ce critère qui
semble laissé à l'appréciation de professionnels qui deviennent juges
et parties. Encore une fois, si un tel dispositif contraire aux
libertés
publiques devait réellement être mis en oeuvre, il serait alors
nécessaire de prévoir des garanties formelles et des contrôles à
posteriori pour ne pas laisser les organismes de défense
professionnelle libres de tout faire.
La CNIL précise ensuite que les procès-verbaux permettant au SELL de
lancer des poursuites ne pourront être dressés que par un agent
assermenté désigné par le SELL et agréé par le ministère de la culture,
que les adresses IP des internautes ne seront recueillies que dans le
seul but de permettre la mise à disposition de l'autorité judiciaire
d'informations, et ne pourront acquérir un caractère nominatif que dans
le cadre d'une procédure judiciaire.
Sur ce point, l'ADA souhaite d'abord exprimer son étonnement face à la
possibilité de laisser des agents désignés par des organismes
professionnels constater des infractions en dehors de toute procédure
judiciaire et à coté des garanties d'ordre public offerte par le droit
pénal.
Là encore, l'ADA ne peut que relever le fait qu'aucune des précautions
mises en avant par la CNIL pour justifier sa décision ne constitue une
garantie formelle pour les citoyens contre l'utilisation de
l'informatique à des fins contraire aux libertés civiles les plus fondamentales et au droit au respect de la vie privée.
En
définitive, il s'agit donc bien d'aller contre le principe général de
contrôle a priori strict de la loi de 1978 pour pratiquer un contrôle a
priori souple autorisant un organisme de défense professionnel à
pratiquer un traitement automatisé de données nominatives. Il s'agit
donc bien d'un recul des libertés fondamentales défendues par la loi de
1978.
L'Association Des Audionautes examine à l'heure actuelle les actions et
recours possibles contre cette décision auprès du Conseil d'État.
A propos de l'ADA
L'ADA est une association de loi 1901 créée début octobre par des
lycéens qui ont souhaité réagir face à la répression et aux procès de
l'industrie de la musique et du cinéma. Elle comporte aujourd'hui plus
de 2000 membres: étudiants, chercheurs, juristes, économistes, artistes...
Aziz Ridouan, Président de l'ADA : aziz@audionautes.net ; 0624414265
Quentin Renaudo, Vice-président de l'ADA : quentin@audionautes.net ;
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