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Interview de la sénatrice Françoise Laborde

Publié par Infested Grunt dans la catégorie Nos Dossiers/ le 09/10/2009
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Nos Dossiers A l'occasion des débats de l'HADOPI 2, nous avons interviewé la sénatrice RDSE (PRG) de Haute Garonne, Françoise Laborde. Elle siège également à la Commission Culture Education Communication du Sénat qui a vu défiler les lois Création et Internet, Audiovisuel Publique et Protection Pénale de la Propriété Littéraire et Artistique sur Internet. Nous l'avons interrogé sur les 2 lois HADOPI. La sénatrice fait maintenant partie des quelques sénateurs à avoir un site Internet.
EchosDuNet(EDN): Commençons par une présentation. Quel est votre profession en dehors du Sénat? Quels sont vos mandats électoraux?
photo de Françoise LabordeFrançoise Laborde (FL): Bonjour 


Avant d'être élue Sénatrice de la Haute-Garonne, en septembre 2008, il y a tout juste un an, j'étais directrice d'une école maternelle.

Depuis 8 ans déjà, je suis adjointe en charge de la Culture à Blagnac, responsable de la gestion d'Odyssud, une salle de spectacle de 950 places, de la médiathèque, du cinéma municipal, du conservatoire de musique et de danse, ainsi que des ateliers d’art.  Naturellement, je suis membre de la Commission Culture Education Communication où j'ai l'occasion de traiter des thématiques aussi variées que l'Enseignement scolaire, l'audiovisuel, la Formation professionnelle, la recherche, les sports, la création artistique et bien évidemment l'internet.




EDN: Durant les discussions du projet de loi "création et Internet", vous êtes intervenus dans les débats en faveur de cette loi. Pourquoi avez-vous choisi d'être une partisane de cette loi?

FL: Au cours des discussions du premier volet de la loi, dit Hadopi 1, j'ai d'abord pris position en faveur du texte pour ses vertus pédagogiques : il est temps, en effet, de reparler des droits d'auteur et de leur reconnaissance sur ce nouveau média.

EDN: Durant les débats à l'Assemblée Nationale, un informaticien travaillant pour un groupe de média a été licencié pour avoir écrit à sa député son opposition à la loi Création et Internet. Quel est votre avis sur ce couac?
FL: J'ai été très choquée par cette décision.



EDN: Après la censure de la loi "Création et Internet", le gouvernement a mis en discussion un nouveau projet de loi pour compléter la partie censurée. Durant les discussions, vous vous êtes exprimés contre la loi. Pourquoi avez-vous choisi d'être une opposante de cette loi?

FL: Dans le second volet, dit Hadopi 2, j'ai pris position contre la pénalisation des pirates, le volet législatif répressif me semblait en effet beaucoup trop excessif et liberticide.



EDN: Quelles modifications auriez-vous apporté au projet de loi?

FL: Internet est un secteur d’activité émergent. Il mérite mieux que le texte de loi étriqué, dans tous les sens du terme, que nous a soumis le gouvernement.

En effet,  il nous faut inventer de nouvelles règles, principalement juridiques, qui rendent possible la viabilité de l’ensemble des acteurs économiques, et pas seulement des plus puissants, je pense aux artistes indépendants, aux internautes et pas seulement aux majors.

Cette industrie émergente nécessite une logique de long terme, pas de courte vue, comme celle que nous propose le gouvernement, par le petit bout de la lorgnette si vous me permettez l'expression. C'est pourquoi, à plusieurs reprises lors de mes interventions devant le Sénat, j'ai exhorté le Ministre en charge de la Culture de mettre en place un système de licence globale, le seul qui redonnerait du souffle en terme financier et en termes de créativité, à cette industrie. Deux arguments militent en faveur de cette évolution. D'une part, le droit européen qui place la France hors la loi sur la question de la pénalisation. D'autre part, la technologie qui permet de contourner à l'aide de logiciels spécifiques les contrôles des identifiants des connexions internet, les fameuses adresses IP.



EDN: Le piratage concerne essentiellement les jeunes, ados, qui ont un budget serré. Est-ce qu'à votre avis leur budget a diminué ou augmenté depuis 10 ans?
FL: Le pouvoir d'achat a baissé pour les familles, il a forcément baissé pour les jeunes. Ce n’est pas le cas des prix des supports medias électroniques. C’est mécanique. Les chiffres démontrent paradoxalement que les internautes qui piratent le plus sont aussi ceux qui achètent le plus de disque ou DVD. Tous ces équilibres ne sont pas aussi simples ni aussi évidents que ce que le gouvernement voudrait bien nous faire croire.



EDN: La baisse des ventes n'est-elle pas simplement dûe à un changement de mode de consommation (concert / cinéma en lieu et place des CD et achat de titres plutôt que d'albums)?

FL: Plusieurs facteurs sont en jeu, parmi lesquels la baisse du pouvoir d’achat, le changement de mode de consommation mais aussi les progrès technologiques concernant les supports culturels et les logiciels.


EDN: N'y a t'il pas eu simplement des années fastes de l'industrie du disque où ils vendaient tout et n'importe quoi, et qu'aujourd'hui on en revient simplement à un modèle normal?

FL: Non, je ne crois pas. Nous assistons plutôt à une révolution culturelle et technologique du monde des médias, dans son ensemble, à travers l’émergence de nouveaux supports.

EDN: Pensez vous que faire passer une telle loi ait un réel impact sur les revenus des artistes ? 


FL: J’en doute, en tout cas pas dans les proportions attendues par les auteurs. Seule une véritable politique d’envergure reposant sur le principe de licence globale pourrait y parvenir, et ce n’est pas en insérant des mesures liberticides dans la loi que l’on redonnera de l’oxygène au secteur de la création artistique, en France.

EDN: Il y a quelques jours, vous avez lancé votre site Internet. Quelle en est la teneur?

FL: C’est un outil de communication interactif, destiné à rendre compte de mon activité parlementaire, au Sénat comme dans le département.

L’interface permet de mettre en avant les sujets d’actualité, de consulter ma lettre d’information, de s’y abonner et de m’écrire ou me contacter.

Les trois rubriques, « Au Sénat », « Sur le terrain » et « En savoir plus », présentent l’éventail de mes interventions : débats législatifs dans l’hémicycle du Sénat, questions au gouvernement, dossiers locaux ou nationaux, agenda, courriers aux ministres, rencontres avec les élus.


EDN: Est-ce, pour vous, une nouvelle expérience et une nouvelle relation avec les élus et les électeurs que vous représentez?


FL: Absolument. Même les collectivités territoriales les plus petites, et elles sont nombreuses dans mon département de la Haute-Garonne, sont désormais équipées en informatique et possèdent une adresse internet. Cela facilite considérablement les échanges avec les élus et nécessite une réactivité à toute épreuve.

C’est pourquoi, dans la rubrique « En savoir plus », j’ai créé des liens dédiés aux élus et mis en place une « Boîte à outils Collectivités » pour mettre à leur disposition des informations utiles, notamment dans la perspective de la réforme engagée sur l’organisation des collectivités locales.


EDN: Que souhaiteriez-vous dire aux internautes qui nous lisent?

FL: D’abord les inviter à visiter mon site sur lequel ils pourront prendre connaissance, dans le temps, de mes prises de position à ce sujet. J’attends leurs remarques avec intérêt.

Une question a été posée à la sénatrice concernant le projet de loi LOPPSI (loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure). Cette dernière permet à la police d'installer à distance un logiciel espion sur les ordinateurs des suspects (sous mandat judiciaire) et reconnait l'usurpation d'identité sur Internet. La sénatrice attend de voir le texte proposé par le Gouvernement pour se faire un avis.
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