Jean-Paul Salomé, Alain Corneau, Costa-Gavras, Jeanne Labrune, Jean Marboeuf, Christian Carion, Jean-Jacques Annaud, Bertrand Van Effenterre, Bertrand Tavernier, Dante Desarthe, Patrick Braoudé, Pierre Jolivet, Rachid Bouchareb, Michel Deville, Gérard Krawczyk, Jacques Fansten, Christian Vincent, Pierre Salvadori, Michel Andrieu, Véra Belmont, Bertrand Blier, Claude Lelouch, Patrick Bouchitey, Catherine Breillat, Pascal Thomas, Paul Boujenah, Jean-Loup Hubert, Gérard Jugnot, Philippe Lioret, Radu Mihaileanu, Jean-Jacques Beineix, 31 noms du cinéma prennent la parole dans les colonnes du Monde pour défendre le projet de loi "Création et Internet" destiné à lutter contre le piratage d'oeuvres protégées sur
Internet.
Dans un article intitulé "Culture ne rime pas avec gratuité", les cinéastes expriment leur soutien au projet de loi en faisant valoir qu'il n'est nullement "liberticide", un discours qui ressemble étrangement à celui de Madame Lagarde et qui ne semble apporter aucun nouvel argument.
"
Est-il liberticide de soutenir un texte qui se propose de substituer aux peines de prison actuellement prévues des messages d'avertissement et éventuellement une suspension d'abonnement aux internautes qui téléchargent illégalement nos oeuvres ? Est-il liberticide de vouloir concilier la liberté des créateurs avec celles du public ? Est-il liberticide de vouloir limiter des pratiques qui malmènent le droit d'auteur et qui violent le droit moral des créateurs ? Est-il liberticide de vouloir préserver le droit pour les auteurs de continuer à faire des films ?".
Les cinéastes se disent "
révoltés face à une telle analyse" qui ne correspond pas "
aux combats que les cinéastes ont toujours menés pour défendre la culture et son accès au plus grand nombre" et insistent sur le fait que "
les efforts demandés aux internautes dans ce projet de loi et notamment la nécessité de faire preuve de vigilance dans l'utilisation de leur abonnement Internet ne constituent pas un prix exorbitant. Au contraire, ils reposent sur une pédagogie active qui s'impose comme une alternative crédible aux peines fortes aujourd'hui encourues". Encore des mots qui paraissent un rabâchage des discours de la ministre.
Se défendant d'être des "
défenseurs acharnés de quelque corporatisme ou de quelques majors - d'ailleurs inexistantes dans le cinéma français - incapables de faire évoluer un modèle économique obsolescent", les cinéastes insistent encore, comme une leçon bien apprise, sur le fait qu'aucun filtrage généralisé des réseaux ne sera mis en place.
En contrepartie de l'adoption du projet de loi, la récompense ! Ils assurent s'être engagés "
à entamer rapidement des négociations pour réformer la chronologie des médias et permettre la mise à disposition des films plus tôt après leur sortie en salles".
Enfin ils estiment que cette loi est "
équilibrée" et "
ne dresse pas de barricades entre des créateurs supposés incapables de se projeter dans l'avenir numérique et des internautes forcément soucieux de l'intérêt général et de la circulation des oeuvres", concluant : "
Parce que nous ne faisons pas partie de ceux qui préfèrent s'en remettre au fatalisme et à l'évolution inéluctable des pratiques et des technologies, nous ne sommes pas prêts à sacrifier à la mode de la gratuité de la culture, qui reste une escroquerie intellectuelle, et à nous résoudre à voir les capacités de création de notre pays battues en brèche et laminées".
Source :
Le Monde