C'est ainsi qu'en 2005, 14 pirates, dont deux mineurs, ont trouvé amusant d'introduire un message sur le site de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), alors en pleine campagne de lutte contre la banalisation du cannabis.
"
Le cannabis, j'en ai fumé. Je préconise une prise intensive, au minimum deux fois par jour pour essayer de se sentir bien dans un monde dirigé par nos chers technocrates".
Bien entendu, la Mildt n'avait pas apprécié la plaisanterie et avait porté plainte. Les 14 jeunes passaient en procès au Tribunal de grande instance de Paris jeudi et vendredi derniers avec à leur actif une liste de nombreux sites piratés dont celui du TGI lui-même.
La procureure de la République, Christine Le Guellec, a requis différentes peines à l'encontre des pirates majeurs, les deux mineurs passeront devant le tribunal pour enfants. Benjamin, 25 ans, considéré comme ayant eu "un rôle central" dans l'affaire, et qui était développeur informatique au ministère de l'Intérieur au moment des faits, est poursuivi pour accès frauduleux à un système automatisé de données et provocation à l'usage du cannabis. Quatre mois de prison dont deux avec sursis ainsi qu'une peine d'amende ont été requis contre lui. Benjamin a déjà effectué deux mois de prison ferme lors de son arrestation après sa garde à vue, le juge d'instruction, Thomas Cassuto, également en charge de l'affaire Clearstream, ayant manifestement cru avoir affaire à un gang de terroristes...
Pour deux des autres pirates, elle a requis 4 mois avec sursis et une amende, et des travaux d'intérêt général (TIG) ou des jours-amendes à l'encontre des huit autres.
Selon une source proche du dossier, il semblerait que Christine Le Guellec ait eu quelque peu de mal à mener l'interrogatoire, se faisant reprendre par le juge sur des questions posées aux accusés et qui ne concernaient pas l'affaire en cours. Le juge a même suspendu l'audience pour que "
Madame se calme !".
Les accusés ont affirmé qu'il ne s'agissait que d'un "simple jeu" sans aucune volonté de nuire mais la procureure a déploré le contenu du message qui encourageait "à la consommation de cannabis". Le juge quant à lui semble avoir compris les motivations "ludiques" des 14 jeunes et l'absence de volonté de nuire.
Dans la partie civile se trouvait aussi la société Oxianet, qui propose des hébergements, également piratée en 2005 par ces mêmes jeunes. Alors que la Mildt réclame 1 euro de dommages et intérêts, Oxianet leur demande 20 000 euros d'indemnités pour remettre en état son serveur.
Sans vouloir nous faire l'avocat du diable, il faut savoir que le serveur de la société en question manquait de surveillance et disposait d'une
bande passante telle que les pirates ont adopté le serveur pour l'utiliser comme proxy. Bien que ce soit illégal de s'approprier le serveur d'autrui, ils n'ont pas touché à la configuration du serveur, n'y ont rien modifié. Toutefois, Oxianet leur réclame cette somme colossale pour une réinstallation du serveur et une reconfiguration de son
pare-feu. Il semble donc que certains voudraient profiter de l'affaire pour remettre à
neuf leur matériel...
La décision du TGI sera rendue le 4 septembre prochain.